Cézanne, Picasso : un regard sur le motif

Paysage bleu – Cézanne (collection Morozov) Les deux saltimbanques, Arlequin et sa compagne – Picasso (collection Morozov)

La peinture sur le motif se caractérise par la touche, cette touche plus ou moins longue, encore très vaste chez Cézanne, qui culmine dans le pointillisme de Seurat, tout en ayant révélé son dynamisme et sa force picturale chez Monet.

Cette emprunte propre à la peinture moderne de paysage, condition de possibilité de la lumière, du rendu sensible de la nature, cette nature telle que perçue à l’instant où le peintre la saisit dans ses yeux et sur la toile, cette touche qui sait rendre de manière picturale le vent dans les feuillages, les variations atmosphériques, les reflets d’une étendue d’eau, les mouvements des vagues et les creux de la houle, cette touche qui, associée à des couleurs traitées en camaïeux, passe de l’une à l’autre par des contrastes insaisissables, cette touche qui donne à la peinture du volume et du mouvement, cette touche qui décompose les aplats uniformes de la peinture classique, cette touche qui fait vibrer la peinture, cette touche est la condition d’une lecture et d’une traduction sensorielle du paysage.

Cependant, cette touche est aussi le prélude au cubisme. Par la décomposition du geste pictural qu’elle suscite, elle tend vers la formulation géométrique des sujets de peinture. Cette touche carrée ou rectangulaire des paysages de Cézanne, c’est aussi les losanges dans le tissu arlequin qui vêtit les saltimbanques de Picasso ou le cube sur lequel est assis l’athlète dans l’acrobate à la boule.

Jeu de mots sur le terme « motif » au motif de comprendre la peinture moderne, cette touche serait-elle un moyen de la peinture sur le motif et un passage vers la peinture à motifs géométriques ?