Xavier Escribà

« Dans cette exposition, je veux aborder la peinture de plein air… » Xavier Escribà

Il y a la peinture sur le motif, celle en particulier des impressionnistes, mais celle aussi de ces peintres de la fin du XVIII e siècle qui allaient croquer en extérieur avec leur palette d’huiles les paysages de l’Italie. Voilà ce que la peinture en plein air signifiait pour moi, jusqu’à ce que je découvre le travail de Xavier Escribà. Ses acryliques sur toile, et notamment la série des « Anges », sont des pièces qui prennent leur forme en chutant dans le paysage, se gorgeant alors de son air et de son espace pour forger comme des étoffes froissées qui travestissent la toile d’origine dans une forme aux effets très élaborés dus à l’acrylique. Il en résulte une matière picturale qui s’autonomise partiellement par rapport à son support. Où l’on découvre les effets plastiques de l’acrylique, on est parfois face à des pièces qui ressemblent à de la porcelaine ou qui transforment la forme plane du tableau pour créer des rubans noués de toiles, de bois et d’acier : « Libertat ». Il y a donc dans ce travail du volume et de la circularité qui donnent aux œuvres un caractère objectal sans égal. Chacun peut tourner autour de « Like Buda », pièce en laquelle des dizaines de disques de toiles peintes se superposent, ou entrer dans « les yeux de Paul Klee » : la surface acrylique étant percée, le support de toile est visible. Dans « Four season » aussi, des trous agrémentent la peinture et le support.

Un autre point commun avec la peinture sur le motif, et j’en aurai terminé avec ces rapprochements que certains pourront trouver hasardeux, mais qui me permettent cependant de questionner le travail des artistes et d’en dégager une certaine compréhension. Il s’agit donc du travail, non pas sur le support et le médium, mais sur la couleur.

Il y a en effet de la monochromie dans la peinture sur le motif. Les peintres n’exploitent bien souvent qu’une seule teinte qu’ils font cependant varier infiniment afin de rendre les jeux de volumes et de lumière qui recréent la profondeur et la perspective du paysage. Qu’il s’agisse des ruines d’un théâtre, du Vésuve en éruption, d’un chantier naval, d’un intérieur de cour, d’un ciel ou d’une enfilade de toits, il y a toujours une uniformisation des couleurs, à moins que de la verdure ou un rayon de soleil, ne vienne la rompre, et c’est souvent le cas. Chez Xavier Escribà et en particulier dans la série des « Four season », les camaïeux de bleu qui tirent vers du vert foncé ou les camaïeux de jaune qui tirent vers du vert clair sont parsemés de bruns qui rompent la dynamique monochrome de chaque saison.

Ce travail nous fait passer de l’autre côté du miroir. On participe à l’œuvre et c’est là pour moi, ce qui fait la singulière noblesse de l’art contemporain. Chapeau bas, Xavier Escribà, pour ce travail, et merci à la galerie Olivier Waltman de nous le faire découvrir dans votre nouvel espace du Marais (16 rue du Perche).

Pour les yeux de Paul Klee / Like Buda / Libertat / Four season