Cfileccia chez Mart et Artes

Au Marché Dauphine (Saint-Ouen)

jusqu’au 30 juin 2019

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Il y a de la peinture dans le travail de cette photographe. Elle en partage les effets et le rendu, et ce, en jouant sur le motif et le support. Le végétal est son thème de prédilection. Il lui permet de retrouver ce qui, dans la photo, peut faire peinture. Le type de papier utilisé dans ses impressions participe aussi de la texture toute particulière de ses photos de voyage.

Dans Allegory of life, nous contemplons un arbre par son reflet dans une rivière. L’ondulation des vagues donne un effet aquarellé au reflet. Où l’endroit est perçu à l’envers, Christelle Fileccia saisit un paysage dans un paysage, toute attentive qu’elle est aux jeux d’ombre et de lumière qui se déploient dans la nature.

Somewhere on earth saisit le souffle du vent le long d’un fleuve. Paysage de plein air en lequel les silhouettes grisées des arbres à l’horizon se confondent avec les ombres grises légèrement sépia du fleuve au crépuscule, cette photo de voyage fait écho à Lovers in the night où la clarté du ciel épaissit par contraste les arbres du premier plan. Elle suggère une profondeur titanesque, l’amorce d’un ravin… la reconquête de soi peut-être, sinon la lutte contre une déperdition. Ce travail s’apparente à celui d’un voyageur aquarelliste, si ce n’est romantique, qui fait des éléments, les synonymes idéaux des mouvements de son âme.

Supports utilisés et types d’impression choisis participent de cette confusion des médiums: peinture ou photo ? Le silence des songes baigne notre regard dans cette confusion, tout blanc que l’impression laisse en transparence (impression directe sur aluminium brossé), à la manière de la peinture aquarelle dans laquelle les pigments transparents laissent apparaître le support de peinture, ou de ces peintres qui font d’une partie vierge de leur toile, un élément de leur pièce finie et accomplie.

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L’Ile lointaine vibre de naturalisme, accrochée au fond d’une cage aux oiseaux. Vous aurez envie d’ouvrir cette cage pour assister à l’envol de ce paysage ! Accrocher ainsi le bleu des ciels du Sud et le laisser contempler au travers de fins barreaux, renforce sa fluidité et sa transparence. Ce parti pris audacieux mais cohérent trouve son paroxysme dans Aquarelle, une impression sur papier japonais, par définition très « fibré », dont l’aspect granuleux favorise le rendu pictural de la photo, effet que le camaieu de bleus qui forme l’étendue d’eau, renforce.

Chapeau bas pour ce travail qui allie ingéniosité et créativité. Accroché dans un écrin d’antiquités (partenariat artiste-brocanteur), il ne manque pas de surprendre. De l’art contemporain chez un antiquaire et des tirages photographiques dans des cadres dont la peinture s’écaille : une scénographie improbable, mais fabuleuse !

www.cfileccia.com

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