VINE Pascale : Vive la tempera !

Un petit art-icle sur la tempera pour nous rappeler que la peinture, c’est de l’émotion, mais pas seulement… c’est aussi de la technique, et peut-être même beaucoup plus, qui sait ?

Ce procédé de peinture à la détrempe dans lequel le liant est l’oeuf nous rappelle que l’artiste-peintre est d’abord un artisan. Il fabrique la matière picturale, et selon les mélanges qu’il aura obtenu, les propriétés de celle-ci différeront : « tempera maigre » ou « tempera grasse » selon les proportions d’eau et d’oeuf, ou dans celui-ci, de blanc et de jaune.

C’est ainsi que Pascale Viné, artiste plasticienne, incorpore dans son mélange beaucoup plus de blanc que de jaune et parvient à donner un aspect gravure aux supports de ces paysages. Vous aurez l’impression de contempler des eaux-fortes. Mais ne vous méprenez pas ! Quand bien même il y a ici un travail très élaboré de dégraissage, de morsure, de polissage, de vernissage et d’ancrage, vous êtes face à un papier toilé, et non face à une gravure sur cuivre. Cette artiste nous rappelle que l’art, c’est d’abord de la technique, et que la définition grecque de l’art comme teckné, c’est à dire comme toute activité non naturelle, est encore d’actualité.

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Le fait que la technique ne soit pas neutre est aussi une évidence chez Pascal Lombard, agile praticien de la peinture a tempera. Il se plaît à saisir dans son travail les différents visages de la nature. Or cette saisie n’a rien d’instantané. Elle est au contraire une lente élaboration du regard, à l’image des découvertes qui se font au grès des accidents de la technique, ainsi qu’à l’image de la maturation des éléments de la nature et de leur cheminement dans l’être des paysages. Cette manière de procéder n’est pas de l’ordre d’un parti pris en amont de son travail. Elle résulte de la temporalité même de la peinture a tempera, une peinture fragile à l’humidité qui ne peut pas se travailler dans le frais. C’est donc en atelier que le peintre transcrit ses paysages. Ne l’imaginez pas se promener avec son chevalet entre les montagnes ou entre les calanques. De cette retranscription a posteriori qu’impose le maniement de cette matière picturale, il résulte une peinture d’atmosphères, beaucoup plus que de paysages, l’évocation d’une influence, celle que la nature a sur l’âme.

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Cela nous amène à penser que la tempera sous-tend une pensée picturale dense, un travail sur la matière qui suppose de retravailler sur l’émotion et d’en faire quelque chose, malgré son côté insaisissable et ineffable, malgré sa souffrance au sens ancien du terme pâtir, celui de crouler sous le poids écrasant de notre affectivité.

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Les paysages de Pascale Viné et de Pascal Lombard, en dépit de leur désertion et de leur inertie, sont habités, et ce, plus que tout autre, plus que n’importe quel panorama urbain. Chacun incarne à sa manière, ou un regard qui se pose, ou un inconscient qui se manifeste, ou une ambiance vécue qui se retraduit.

Pour conclure, nous pourrions dire que la tempera est une expérience romantique. Les travaux ici et là accrochés, aperçus et contemplés, à la Galerie Métanoia (Paris 3ème) pour Pascale Viné, à la Galerie Prodromus (Paris 11ème) pour Pascal Lombard, vous ramèneront certainement à cet homme, seul sur une hauteur, regardant en direction d’un point inaccessible à travers la brume et au-delà de l’horizon, cet homme que Caspar David Friedrich peint de dos, mais au premier plan, dans son Voyage devant le mur de nuages (1818, Kunsthalle, Hambourg), peinture d’un extérieur et projection d’une individualité, peinture de paysage au service d’une esthétique de l’intériorité… particulièrement sublime !

Caspar_David_Friedrich_-_Wanderer_above_the_sea_of_fog

www.pascalevine.com

Pascale VINE – Galerie Tokonoma

www.galerie-metanoia.fr

www.prodromus-galerie.com/pascal-lombard

Pascale Viné : « Merci Amélie pour cet article qui donne envie de découvrir les richesses de la technique à la tempera. Les peintures de Pascal Lombard sont très intéressantes. J’espère que nous aurons d’autres occasions de nous rencontrer. Bien cordialement. »

Amélie COLELLI : « J’ai découvert la tempera avec vous et, la galerie Prodromus que je visite assez souvent, proposait elle aussi une exposition sur ce sujet au même moment. Ce hasard de calendrier a généré le thème de mon article, tout en sachant que je n’écris pas sur tous les artistes que je rencontre ! Je vous remercie donc sur le temps que vous avez bien voulu me consacrer lors de ce vernissage à la galerie Métanoia. Je n’ai pas écrit sur tout ce dont nous avons parlé. Il m’a en effet fallu choisir, et donc renoncer ! J’ai pris ce qui comptait pour moi afin de garder une cohérence dans ce chemin de l’écriture sur l’art. »

Pascal Lombard: « Je voulais te remercier pour la qualité de ton article qui renouvelle l’approche de mon travail. En effet souligner le volet technique de l’oeuvre, c’est reconnaître ce qui détermine l’essence de l’oeuvre et tu l’as trés bien exposé. Aussi je voulais connaître, savoir, si  c’est de mon travail en particulier ou de la peinture en général qui t’a incliné à conclure par une citation sur la subjectivité exprimée par le rapprochement avec Friedrich ? Aussi je voudrais souligner avec sincérité  la qualité de ton écriture »

Amélie COLELLI : « Ce sont les passages imaginaires et les passages de la lumière de Pascale Viné, ainsi que votre discours sur la notion d’atmosphère (« Je ne peins pas des paysages, je retranscris une atmosphère ») qui m’ont amené à Caspar David Friedrich. »

Un commentaire

  1. Roberto · octobre 12, 2015

    This article is very interesting and it provides an opportunity for many interesting reflections.
    In my opinion, the phrase that describes better the tempera paint is « l’évocation d’une influence, celle que la nature a sur l’âme ».
    I invite everyone to imagine the Nature also as the Time and the Living Beings’s behavior.
    The tempera paint represents well the signs that the senses leave in our soul but also the traces of “untouchable” experiences that are imprinted inside of us, thanks to its nature and compactness.
    The tempera colors are so heavy and thick to seem often footsteps, grooves, meteors, wounds or crustings inside the “âme” …. Those are the soul signs left by the Experience, not real views.
    In these point of view, the painter does not need necessarily to be in the Nature, because he can see the its negatives inside him. The painter has to throw up these signs inside canvas.

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