
Il y a quelque chose d’abstrait dans ce paysage. Si ce ne sont des points, ce sont des lignes qui se superposent sans jamais se rencontrer, des lignes parallèles en somme qui participent d’une mise en forme abstraite du paysage et qui donnent au chromatisme élu, une profondeur sans égale. La palette, assez restreinte finalement, vient en nuances et dégradés, si ce n’est en échos.
Il y a de la géométrie dans cette peinture, une géométrie qui représente le paysage. Ciel charbonneux et verts marins, les couleurs se répondent comme en miroir, tout autant que les lignes qui dessinent l’horizon. Un gris anthracite en rappel à un vert ténébreux saisis quelques secondes avant l’orage, donnent à cette pièce quelque chose de sublime et de tragique. Ces couleurs jouent avec nos émotions qui, face à elles, passent du ravissement à la frayeur. Oui, cette huile sur toile a quelque chose de terrifiant, mais c’est en cela qu’elle est extraordinaire.
Il y a quelque chose d’abyssale dans ce rappel de couleurs obscures et opaques depuis les deux bords extérieurs de la pièce, format paysage évidemment. Et s’il y a aussi une symétrie structurelle dans ce paysage peint, l’axe en est cette falaise qui habite le centre de la composition. Travaillées au couteau avec des couleurs plus chaudes et plus claires, elle porte en elle les reflets orangés du crépuscule, comme si la roche s’était imprégnée des teintes du jour, à ces heures où le soleil disparaît.
Pietra d’Alba en Italie tient son nom de ce rose qui imprègne dès l’aube (alba) la pierre (pietra) du village. Jean-Baptiste Andrea nous y conduit dans son roman Veiller sur elle. Oui, la nature est inspirante et chapeau bas à ces artistes, peintre et romancier, qui savent nous la faire contempler.
