Toute parisienne et débordée que je suis, j’allais au Louvre ou au musée d’Orsay ces derniers temps, pour être sûre de contempler de belles oeuvres, des expositions évènements qui font la une des magazines d’art les plus avertis ! Or c’était sans connaître les artistes vivant et créant entre les murs de la capitale, et en particulier ceux du 15ème dont la mairie a fait valoir quelques jours, plus que le talent, la génialité. En parcourant la salle des fêtes, on se rend bien compte qu’on n’est pas dans de l’amateurisme. Bien au contraire, on est au centre d’une créativité très élaborée, un travail chiadé tout plein d’identité, des pièces singulières et originales, à commencer par cette aquarelle en laquelle des tons verts se répondent à l’horizon d’un patchwork de toits, ceux d’un vieux quartier d’Hanoï (Thérèse DUSAILLANT), des natures mortes, pastel ou huile, telle les saveurs de mon histoire d’Angélique DAOSISAVANH, ou la carafe au compotier de Belmira HENRIQUES, comme un clin d’oeil à Proust, des couleurs pales comme dans notre souvenir. Puis, il y a les paysages urbains de Sophie Hélène MADON et Kathleen CAILLER, où la lumière des ciels azur fait rayonner les pierres. La promenade aux Buttes Chaumont, une huile d’Eglantine MOLLE rivalise avec les verts des bords de Marne de Cézanne. Les tons ocres teintés d’un bleu évanescent du parfum d’automne de Lisbeth BUONANO aspirent le regard. Il y a ce coup de coeur du jury pour ces fleurs cueillies et recueillies dans un vase, une toile de Mia TOBALY qui démontre ici son agilité dans l’harmonisation des couleurs bleutés et verdoyantes, un chromatisme qui répond au passage imaginaire de Pascale VINE, une tempera sur papier toilé dont les mouvement picturaux et le rendu chromatique sont savamment orchestrés par les proportions de pigment et d’oeuf, le blanc ou le jaune, dans les mélanges du médium. Un coup de coeur tout particulier, non pas du jury, mais de moi-même pour l’arbre émeraude de Frédéric PERRIN dont les reflets creusent le feuillage et dont l’ombre portée sur l’eau dessine le paysage au loin. Ce portait d’arbre rappelle évidemment ceux de Théodore ROUSSEAU, mais aussi ceux d’Alexandre HOLLAN et de Vincent BEBERT, champions du monde dans la discipline, et ce, sans être à Orsay ! Une vue de la baie du Crotoy à marée montante est esquissée au pastel par Fabienne PALACIN qui prouve ici que le paysage, ce n’est pas qu’en peinture. Des acryliques, il y en a plusieurs, mais une a retenu mon attention, et j’ai oublié de noter le nom de l’artiste. Il s’agit de celle aux contours grossièrement esquissés, comme une image qui passe à toute vitesse. Cela contraste avec la précision des lignes dans les pièces des autres artistes qui utilisent ce médium, et en particulier celles colorées et vibrantes de Camille PHILIPPON. Impressionnants, les rythmes de Vesna BOJALSKA, cette huile brillante et montagneuse travaillée au couteau, pluie de coulures opaques dans une composition très abstraite qui fait penser aux lignes sur plan de Kandinsky. Les tons bordeaux cernés de noir donnent à cette pièce une allure ténébreuse qui attire non pas seulement le regard, mais surtout la pensée dans l’enceinte de son imagination la plus fantastique. Un autre point d’orgue qui résonne tant, est la méditation de AU Tsui Ming. Léonard de Vinci n’aurait pas fait mieux dans le rendu au crayon à mine des plis et du drapé de la toge recouvrant le dos de ce penseur. Cette liste de pièces n’est pas exhaustive. Toutes les pièces de cet accrochage temporaire à la Mairie du 15ème arrondissement de Paris méritent une attention soutenue.













